L'actualite du rugby feminin
Des filles en ovalie
Bertrand Lacanal : «Le RF est une découverte»
10 janvier 2008
![]()
C’est un sacré bonhomme ce Bertrand ! Un copain du rugby et de l’édition. C’est aussi un parisien, vrai de vrai. Voilà déjà de quoi camper un personnage. Il joue aussi de la musique et s’aventure également sur les planches du théâtre. Mais son truc c’est sans aucun doute de trouver des idées graphiques et de les mettre en œuvre. Revues, mags, flyers, livres, affiches et même dernièrement gazettes, sont ses champs d’expression favoris.
A Issy-les-Moulineaux, dans un pub de bord de feux tricolores, il a raconté avec sa manière directe comment il avait bossé sur les Mag dfO qu’il a portés à bout de bras et comment il s’est lancé dans les affiches d’un club de l’Elite féminine. Entretien et réflexions sur le sport et son image à partir d’une double création.
[38 ans, formé à l'école Estienne, travaille pour la presse et l'édition depuis 15 ans. Graphiste officiel de l'association de rugby les Petits Pères et du bar la Petite Porte. Dernier magazine en date : Rugby Hebdo.]
A propos du Mag :
« Il y a d’abord un site. Il fallait une continuité avec la typographie et les couleurs. C’était une base de réflexion. L’identité graphique c’est une contrainte. On était sur des couleurs pastel, sur une typo élégante alternant le gras et le léger. Comme j’avais déjà fait du rugby, avec le magazine Ovale, je suis parti sur l’identité qui passe d’abord par la typo : il me fallait un logo et son environnement pour décliner. Les couleurs ça vient après. L’identité vient aussi des photos dont tu disposes. Précisément sur le premier Mag on est sur l’absence de belle photos ce qui oblige à habiller. Mais quand la photo est très forte le graphiste passe au second plan. Sur le premier j’ai trouvé comment habiller les pages en restant sobre : force d’un titre, détails de typo. L’identité apparaît ainsi d’un choix de caractères.
Comme il y avait un site il s’agissait de dire : ‘ maintenant, on a un magazine donc des pages qui se tournent’.
Dans une expérience comme celle-là c’est le moment de placer et d’exploiter une idée que tu as pu avoir.
Le point commun à tout cela c’est de mettre en valeur le sujet en se mettant derrière, au soutien
Au fil des Mag, comme on avait plus de matériel graphique on pouvait enrichir. Mais il ne fallait pas tout changer pour autant. Sur le numéro 3, par exemple, s’est allé tout seul. Je suis d’autant plus content que le numéro 3 est abouti. En fait, chaque numéro est cohérent. Il y a une cohérence globale : le truc est riche.
Pour « dfO, le Mag », comme tout le monde adhérait au sujet, il n’y avait pas de raison que ça ne fasse pas un produit de qualité.
Pour moi, le mieux c’est quand tu reçois le Mag. Tu peux alors le toucher. Il prend vie. Dans mon cas on se dit qu’on aimerait bien avoir un œil neuf. C’est pourquoi j’aime bien voir les autres feuilleter. Du coup, je regarde l’objet à l’envers et c’est la meilleure façon de voir ce qui va ou pas. »
A propos des affiches :
« Des affiches, il y en a partout, mais c’est un domaine que le cinéma et le théâtre se sont approprié. L’affiche de l’événement sportif est tombé en désuétude. Historiquement, il y a pourtant des choses belles. Des graphistes célèbres se sont consacrés à l’affiche : pour le paquebot Normandie ou pour une rencontre de foot ou de rugby.
Depuis quelques années, on n’en voit plus. Si, celles du stade Français. Mais elles ne sont pas belles. On a l’impression que graphisme et sport ça ne va pas ensemble. On dirait qu’il n’y a que les anglo-saxons pour ne pas galvauder le sport à ce niveau.
Quand j’ai eu cette commande, ça partait du constat que c’était fait avec des bouts de ficelle : photos pas très belles, typo un peu grossière. Comme si le sport n’était pas du spectacle ou pas assez noble. On veut un événement sportif mais sans chercher à séduire. On voudrait que untel contre untel à telle heure ce soit suffisant.
Une affiche c’est une histoire de séduction. Il s’agit de dire ‘Venez !’. Pour cela il faut frapper un peu les esprits.
Pour Nanterre il fallait déjà dire qu’il y a du rugby à Nanterre : ‘oVilà notre club ! On est en Elite, venez voir !’. Il fallait attirer les gens. Comme le club montait en Elite ils voulaient faire de chaque match une fête.
Alors, par où peut passer la séduction, l’intrigue ? L’une des difficultés est qu’il fallait que les affiches plaisent aux joueuses. Donc il fallait les prendre en photos. On a choisi l’action et la belle photo. Il fallait maîtriser cette image, donc j’ai fait appel à un photographe professionnel, Paolo Bevilacqua sur la base de six affiches pour avoir une cohérence d’octobre à mai. C’était une série. On a fait une session photos, un soir d’entraînement. C’était déjà l’automne, donc il faisait sombre. J’avais demandé à Paolo de mettre des crampons et de courir au milieu des joueuses. On voulait utiliser la matière graphique du mouvement. On a eu beaucoup de bougés et de couleurs qui se mélangeaient. Mais il fallait aussi que le jaune et le vert soient là pour identifier Nanterre. Certaines affiches avaient un côté abstrait. Les premières ont surprises. Puis les filles se sont habituées. Au bout de trois, elles ont plu.
Pour cette saison, c’était différent car on avait plus de matériel avec les photos de Typhaine Derval. Certaines photos ne faisaient pas forcément une affiche mais en utilisant tout (re-cadrage, filtre, superposition d’image) on a obtenu une image très construite.
Ce qui m’a inspiré ce sont les affiches très graphiques du siècle dernier, tout en respectant l’identité de Nanterre. Cette fois le but était de bien séparer les affiches et de faire croire que c’était un graphiste différent qui avait fait chaque affiche. Le fil rouge était l’info et la typo.
En guise de conclusion
Tout cela, les Mag dfO, les affiches de Nanterre, c’est un champ d’expérience. Le point commun c’est la friche, c’est ce qui n’existe pas, c’est pouvoir tout tenter tout en respectant le sujet. C’était vraiment donner à ces sujets autant de temps et de créativité que pour n’importe quelles autre commande. Dans les deux cas c’est un regard pro. Je l’ai fait en plus de mon métier mais de manière professionnelle. On a voulu donner de l’importance à un sujet considéré mineur et cela passe par du professionnalisme. Quand on aime le rugby, on aime le RF. Pour moi le RF c’est une vraie découverte.
ARCHIVES
- 10 janvier 2008
- 2 janvier 2008
- 4 septembre 2007
- 1er août 2007
- 16 juin 2007
- 27 mai 2007
- 11 mai 2007
- 4 mai 2007
- 4 avril 2007
- 27 mars 2007
- 19 mars 2007
- 21 février 2007
- 4 février 2007
- 28 janvier 2007
- 25 décembre 2006
- 4 décembre 2006
- 31 octobre 2006
- 23 octobre 2006
- 28 septembre 2006
- 10 juillet 2006
- 10 juin 2006